« C'est pas un faiseur, Pablo, disait ma grand-mère qui l'aimait beaucoup. Il ne pose pas, il joue, & jouer, c'est encore ce que disait ma grand-mère, c'est très exactement le contraire de poser. Il fonce, tête baissée. Il est comme un taureau qu'il faut parfois divertir de sa cible, parce que, parfois, sa cible c'est le mur. Ca me plaît, aussi, ça, en lui, ce côté corrida perpétuelle, taureau et torero en une personne, il n'a peur ni de lui, ni de la vie, ni des autres, ni de se faire mal, ni de tout ce qui m'empêche, moi, d'avancer. Avec lui, l'avenir c'est maintenant. Ce qui compte, c'est la course, c'est ce qu'il dit toujours : ce qui empoisonne l'existence, c'est de trop penser à la ligne d'arrivée, on aura bien le temps d'y penser après, quand on aura perdu, ou quand on ne pourra plus courir. J'adore courir avec lui. Il a l'énergie de ceux qui savent que le temps est compté mais qui n'en font pas toute une histoire. Il court sur les battements du c½ur, mais un c½ur qui change de rythme tout le temps, sans s'annoncer, par surprise. Je n'aime pas trop les surprises, en général. Je préfère les habitudes. Mais je m'adapte à ses surprises à lui. Je me fais à ses embardées. Pas le temps il dit, on n'a pas le temps d'avoir de la peine, pas le temps d'être triste ni d'avoir peur, le danger est passé, tu vois, on l'a échappé belle mais on est passés.. »